Amour inconditionnel, quinoa et perchitude

Si vous passez un peu de temps sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute remarqué que nous sommes régulièrement inondés de posts vantant le mérite de l’amour inconditionnel. Je sais de quoi je parle, je l’ai moi-même prôné pendant des années. Et si ce principe universel était un leurre ?
 

L’amour inconditionnel, une belle idée à la base

C’est vrai que ce concept est séduisant. L’idée que nous soyons capables de passer outre les comportements des autres êtres humains et de les aimer “sans conditions” nous propulse directement au rang “d’êtres éveillés”. Au panthéon des caractéristiques des êtres de lumière règne l’amour inconditionnel.

Et effectivement, si nous partons du principe que chaque incarnation est un défi pour l’être contenu dans l’humain, nous ne pouvons que constater ses difficultés et sa bonne volonté face aux épreuves que lui impose la vie sans jamais le juger. Par exemple la domination pourrait s’expliquer par un besoin de contrôler lié à un manque de confiance en soi, le mensonge par un rejet de soi et de ses petitesses, l’adultère par un besoin de se sentir libre ou de vivre des parts de soi non assumées devant son/sa partenaire, etc, etc…

Derrière le comportement humain foireux il y a toujours un être de lumière qui fait de son mieux…aimons nous donc inconditionnellement, et youplaboum !

Un refuge pour perchés à l’arrivée…

Je suis sûr qu’il y a un détail qui n’a pas échappé à votre sagacité : nous sommes des êtres humains, et pas des êtres divins, ou pas seulement…ça paraît con et pourtant il est bon de s’en rappeler au quotidien. C’est d’ailleurs le jeu qu’il nous est donné à jouer, sinon on ne se serait pas fatigué à descendre sur cette terre, on serait resté en haut.
 
Et un être humain NE PEUT PAS aimer inconditionnellement…ou plus précisément il peut aimer inconditionnellement à un certain niveau “transcendantal”, c’est à dire au dessus de sa condition humaine, en tant que concept philosophique et dans certains “moments” énergétiques, mais ne peut pas aimer sans conditions un autre être au niveau de la relation humaine banale et quotidienne, et en particulier de la relation amoureuse. N’est pas AMMA qui veut.
 
J’ai déjà du le dire ici et ailleurs, aimer l’autre dans le contexte de la relation amoureuse est une décision consciente une fois passée la lune de Miel qui n’est la plupart du temps qu’une rencontre de deux projections plongées dans un bain d’hormones. Et cette décision sur du long terme d’ouvrir sa cage thoracique et de déposer son cœur palpitant et à vif sur un plateau que l’on passe à l’autre nécessite de se sentir en sécurité, et donc d’avoir ses besoins les plus essentiels satisfaits. Derrière ses besoins, il y a forcément des attentes envers l’autre…

Un être humain aura toujours des attentes

Regardons nous tous sincèrement et honnêtement dans le miroir : nous avons tous une liste longue comme le bras de besoins, et c’est bien normal. Besoin d’être respecté, besoin d’être considéré, besoin d’être entendu, besoin d’être rassuré, besoin d’être nourri intellectuellement, besoin d’être nourri sexuellement, etc, etc…comment pourrions nous croire une seule seconde que nous pouvons humainement satisfaire entièrement tous ses besoins “par nous même”, une bien belle idée autour d’un feu en écoutant les doors, et une gageure dans notre quotidien banal et humain.
 
Pendant des années je me suis servi de tout un tas d’outils pour m’éloigner de ma condition humaine et de la souffrance qui y est associée : auto-hypnose, techniques pour monter mon taux vibratoire, travail sur l’équanimité (vous savez, cette fameuse disposition qui consiste à regarder passer les émotions de loin, sans les vivre, pour ne pas s’identifier à elles….une façon spirituelle de dire qu’on les évite parce qu’on a peur d’en chier et de devoir régler ce qu’on a à régler en les contactant)…un vrai petit boudha, le ventre en moins, je vous vois venir…
 
Alors oui, je le confirme, ça fonctionne. Je ne souffrais plus, plus rien ne m’atteignait, le fait que je m’asseyais joyeusement sur mes besoins “bassement” humains n’était plus un soucis étant donné que je n’en étais plus un…youhou Gaël !!! Tu descends quand de ton perchoir ???

Retour à la condition humaine

Vous l’avez compris, mon point de vue a radicalement changé sur le sujet, et à force de confrontations plus ou moins remuantes avec mes propres paradoxes et de rencontres avec moult guides et autres thérapeutes, je suis fier de vous annoncer ici que la seule chose que je tente d’aimer inconditionnellement maintenant, c’est mon humanité, et que je ne SAIS PAS aimer inconditionnellement un autre humain dans le contexte de la relation amoureuse.
 
Je vois et j’accueille mes jalousies, mon besoin d’exclusivité, mon besoin de sexualité, mon besoin d’être en lien, de partager des moments, d’être parfois (encore) rassuré…et si je ne pose pas d’exigences envers ma compagne, je n’ai plus honte maintenant de lui exposer mes besoins et mes attentes, charge à elle de les prendre en compte ou pas, et charge à moi réciproquement de faire de même envers les siens. On vit la relation que l’on mérite, et un contrat de couple équilibré se construit aussi autour de conditions.
 
Ayant accepté d’être incapable de vivre une relation de couple inconditionnellement, je peux maintenant être juste un humain qui assume ses propres limites et leurs conséquences. Quel soulagement !
 

Le paradoxe de l’amour inconditionnel : un frein à notre évolution spirituelle

Je finirai cette réflexion du soir en posant ici un paradoxe que j’ai découvert relativement récemment. L’amour inconditionnel “de l’autre” est un piège qui au lieu de nous rapprocher de notre évolution, nous en éloigne.
 
Aimer inconditionnellement l’autre (dans le contexte de la relation amoureuse, je le précise et j’insiste) suppose d’accueillir tous ses faits et gestes sans conditions et de l’aimer “malgré tout”. Il y a une bonne dose de chevalier blanc ou d’infirmière sacrificielle derrière cette posture a priori tellement louable. Avec le recul, en me basant sur ma propre expérience et sur celle des personnes que j’accompagne,  je constate que c’est surtout par peur de se confronter à nos propres souffrances, par peur de prendre le risque de s’aimer soi même inconditionnellement pour le coup qu’on préfère être celui ou celle qui aime “inconditionnellement” l’autre, en évitant soigneusement d’écouter les messages que nous hurle notre âme à travers nos émotions, tétanisés par la perspective de recontacter nos blessures d’enfance, tétanisés par l’idée de ne plus être aimé.es.
 
Et c’est pourtant ce qu’elle nous demande, notre âme…
 
Bizarrement on ne peut pas vivre simplement notre humanité si on ne croit pas un minimum à notre nature divine, et on ne peut pas accueillir notre part divine si on ne conçoit pas qu’elle s’exprime dans notre humanité.
 
Sur ce, je vous laisse vous demander ce que le Quinoa vient faire dans le titre.
 
Sous conditions,
 
Gaël
 

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